Souvenirs du lycée de Tizi Ouzou. Années 1970.

Publié le par Chérif Ouidir

 

Je me souviens des interminables parties de foot que nous faisions au lycée, durant les récréations, surtout de 16 h à 17 h.  Nous étions en première, « des anciens » comme on disait et  il n'y avait pas d'examen à passer en fin d'année, une année calme en quelque sorte. Car les terminales, eux, à longueur d’année,  ne rêvaient que du sésame qui, en cas de succès, allait leur permettre de poursuivre encore leurs études, ailleurs, pour devenir qui médecin, qui ingénieur, avocat, professeur….Les rêves les plus fous étaient permis ! Pour cela, les internes des classes de terminales avaient même droit à ce qu’on appelait,  à l’époque « le régime du bac » !  Beaucoup ne connaissent pas ça, maintenant. Ce régime consistait pour cette catégorie d’élèves, à se faire servir, chaque matin, pendant un bon mois, avant l’examen du baccalauréat,  un petit déjeuner des plus copieux ! Au menu : Café au lait, tartine avec beurre et confiture, orange ou jus de fruit et ….steak saignant ou omelette. Pour les méninges !

Nous organisions des rencontres inter-villages, inter-communes ou internes contre externes et… algérois contre tizi ouzéens. Eh oui ! Il y avait des élèves internes qui venaient d’Alger pour étudier à Tizi, leurs parents préférant les mettre à l’internat de ce lycée, réputé pour le sérieux de son administration et de ses professeurs et aussi pour le taux de réussite élevé de ses élèves aux examens.

Les parties de foot étaient toujours acharnées! Il y avait de très bons joueurs, certains évoluaient même dans des clubs, comme la JSK, la JSBM, Boghni, les Issers….. Toutes les cours servaient de terrains de jeu : celles où l’on jouait, d’habitude,  au basket, au volley ; et une autre, plus vaste, qui pouvait abriter plusieurs rencontres de foot. Mais gare à celui qui s’amuserait  à briser un carreau d'une salle de classe en tirant ! Le maître d'internat pointait, alors,  sur le champ pour prendre le nom de l'élève par la faute de qui l'incident était arrivé. Tarif : 15 dinars à régler à l'intendance ! Par contre, il pouvait  arriver qu'un carreau soit brisé sans que le maître de service s'en rendît compte. Celui-ci se trouvait alors dans l'impossibilité d'identifier l'auteur du tir. Dans ce cas précis, il était  procédé à une retenue équivalant au  prix du carreau, sur son traitement.  Cette retenue correspondait à un jour de salaire. A l’époque, cette somme pouvait servir. On pouvait remplir un couffin ou s'offrir plusieurs séances  de cinéma, payer les frais de voyage pour passer trois week ends chez soi ou s'acheter des paquets de cigarettes…..Pour un mois ! Etc...
Mr A.C, maître d’internat, assurait, lorsque son tour arrivait, la surveillance dans la cour. Il était féru des vieilles chansons kabyles, notamment celles de Cheikh El Hasnaoui,  et il ne pouvait s’empêcher de déserter son poste par moments pour écouter avec un élève l'émission "Les chansons demandées". C'est, comme par pur hasard, durant ces instants qu'un carreau explosait! A cet instant, les joueurs  ramassaient vite leurs ballons et se fondaient dans la foule des élèves. Mr A.C arrivait en courant et constatait les dégâts. Difficile d'en identifier l'auteur. A la question de savoir qui avait fait ça et qu'il posait  au premier élève qu'il rencontrait : « M’sieur, je n’ai rien vu ! » était la seule réponse qu’il entendait ! Notre ami, Mr  A.C a toujours eu son idée en pareil cas ! Il attendait  l'entrée des élèves dans les salles d'étude et là, solution de facilité, il se dirigeait vers l'étude n° 8, une des salles d’étude des premières ! Sa demande  était toute simple : « Les élèves originaires de Béni Yenni, levez la main! » Sur trente élèves que comptait la salle, douze environ  étaient de cette commune. Après identification, il les  sommait de décliner l'identité de celui qui avait brisé le carreau. L'un d’entre eux  lui demandait : "M’sieur, pourquoi spécialement les élèves de Béni Yenni?" Et lui de répondre : "Vous êtes les seuls à jouer beaucoup au foot ball !" Fou rire  dans la salle ! Un autre élève répliquait : " Il y a des centaines d’élèves au lycée, nous ne sommes pas les seuls à jouer au foot, d'autres élèves, originaires d'autres villages jouent aussi...." Mr A.C était tenace : " Je ne veux rien savoir, vous êtes douze, répartissez le prix du carreau entre vous et ramenez moi les sous, sinon, vous serez collés pendant plusieurs week- ends. Dernier délai : après dîner !"  Une punition collective en quelque sorte! Devant le refus des élèves de payer, l'affaire atterrissait inévitablement  chez Mr Belkacem ! C'est le  soulagement parmi  eux, car celui-ci n'aimait pas les méthodes expéditives ! Il disait au maître  « Tu n'avais qu'à être présent et voir ce qui s’est passé ! Tu auras une retenue sur le  salaire, c’est tout !  » L'infortuné maître  revenait vers les élèves pour leur  demander gentiment de participer, à la mesure de leurs moyens, au règlement du prix.....Devant le refus réitéré de ces élèves, Mr A.C se résignait. Il promettait que la prochaine fois, il ne se fera pas avoir  et à ce moment-là, il sévira! Mais ce n'était que partie remise, car il y aura d'autres rencontres de foot ball, d’autres émissions à la radio........ Des carreaux seront brisés et Mr A.C, s’il lui arrivait d’être distrait pendant le service,  aura tout juste le temps d'entendre la déflagration et la recherche de l’auteur du bris du carreau s’avérera infructueuse encore…..

Des années après, il m’arrive très souvent de rencontrer Mr A.C et  d’autres anciens camarades de l’époque. C’est avec beaucoup de nostalgie que nous évoquons nos souvenirs du lycée.  Nous prenons plaisir à nous rappeler les bons moments passés ensemble. Nous pensons à tous ceux avec qui  nous avons vécu durant  des années dans cet inoubliable lycée : les élèves, les professeurs et le personnel de direction… Certains ne sont plus de ce monde, hélas,  qu’ils reposent en paix ! 

Cheikh Seddouki, l'un des professeurs qui étaient très respectés, nous disait souvent : « Mes enfants, vous êtes en train de vivre les meilleurs moments de votre vie !  Profitez – en ! Après, ce sera fini ! »  

Il avait raison. Il est désormais loin, ce temps !                                        Le 01.09.2011 Chérif Ouidir 

 

Publié dans Souvenirs

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

kacibé 02/09/2011 01:31


Merci de rafraîchir ces souvenirs du Lycée qui a permis à des générations de se connaitre et s'apprécier. Une association des anciens élèves devrait être créée pour nous permettre de nous revoir.


Chérif Ouidir 02/09/2011 09:20



Bonjour Boualem,


Tout à fait, la création d'une telle association est plus que nécessaire pour nous permettre de nous revoir et perpétuer les liens d'amitié. A bientôt.